Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 21:07

Université Hassan II – Mohammedia Casablanca

Faculté des sciences juridiques

Économiques et sociales – Mohammedia

 

Master communication publique et sociale

************

liste des candidats admis au titre de l’année 2010-2011

début des cours  le 1er novembre 2010 

1.       ABOURICHA  ABDELLATIF

2.       DAHBI SAMIR

3.       EL HASSANI NAIMA

4.       EL YAKOUBI IMANE

5.       ELGHOURCH ASMAA

6.       ELHADDADI MARIAM

7.       ELHAMZAOUI MUSTAFA SAID

8.       FADILI ADIBA

9.       FAJJAJ MUSTAPHA

10.    FALAKI AMAL

11.    FEJRY NIHAD

12.    HAKKI FADWA

13.    LABOUAB HOUDA

14.    LHOUSSAINI  ABDERRAHIM

15.    MOLIGHI TOURIYA

16.    RACHDI LINA

17.    REHANE MOHAMED

18.     SAHEL NOUZHA

19.    SQALLI ASMAE

20.    TAOUSSI NABILA

  

 

 

 

NB : Les étudiants dont les noms sont mentionnés ci-dessus sont priés de parachever les modalités de leur inscription auprès de l’administration avant le 5 novembre, délai de rigueur.

 

Par Mouhtadi - Publié dans : Programme du Master
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 23:23

           logos                                                 

 

 

 


Organisent

 

 

Un Colloque National

 

sous le thème

 

 

Les Jeunes Marocains et les médias 

Enjeux des nouveaux modes de communication

 

 

 

Jeudi 18 mars 2010

 

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Plateforme du Colloque

 

Plus que jamais, les médias sont au cœur de la vie des enfants et des jeunes en général. Selon des études récentes, les adolescents consacrent aux médias beaucoup de leur temps par jour. A l’école primaire en France, près de deux enfants sur cinq disposent d’une télévision dans leur chambre. Au Collège, près d’un enfant sur quatre a son propre ordinateur et neuf sur dix possèdent un téléphone mobile. Les statistiques marocaines ne sont pas encore pleinement précises à ce niveau, ce qui constitue un handicap pour quiconque souhaite mener un travail de recherche aussi exhaustif que rigoureux sur la question.  

S’agissant de la presse écrite précisément, il y a lieu de fonder une réflexion sur son rôle en matière de socialisation de cette catégorie de la population et sur le traitement spécifique à lui réserver loin de toute approche sensationnelle. Le premier rapport sur l’enfant dans la presse écrite élaboré par l’Observatoire National des Droits de l’Enfant au Maroc a relevé plusieurs constats. L’intérêt manifesté par la presse écrite à cette population en fait partie. Cependant, les sujets ayant trait aux jeunes et aux enfants sont souvent traités d’un point de vue sensationnaliste. Aussi, le rapport a-t-il établi que les journalistes et acteurs de ce secteur méconnaissent dans la plupart des cas, les principes éthiques devant commander le traitement des informations sur les jeunes, enfants et adolescents.

Quant à la téléphonie mobile et l’Internet, elles représentent aujourd’hui un saut qualitatif dans le monde de la communication, obligeant les médias traditionnels à s’inscrire dans une course effrénée vers la maîtrise des progrès technologiques. Dans le cas spécifique du Maroc, de grandes réformes juridiques et institutionnelles ont été opérées durant la décennie 80, particulièrement en matière de réseaux et infrastructures téléphoniques. Téléphonie mobile et Internet ont commencé timidement à occuper l’espace public au Maroc à partir de 1994. Ces deux modes de communication de masse allaient néanmoins enregistrer une accélération à partir des années 2000. Durant la dernière décennie ; le téléphone portable conjugué à l’usage élargi de l’ordinateur portable et l’accès des ménages à Internet, sont en passe de produire des changements importants en société. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication apportent plus que des solutions techniques, elles chamboulent le mode de pensée provoquant dans certains cas, des situations de désarroi, exposant les plus fragiles de la société - enfants et adolescents- aux risques de la délinquance cybernétique, de l’interdit et du crime. Cela est d’autant plus alarmant que l’invasion des mass médias bouscule tout sur leur passage, et il n’est pas dit que cela est sans conséquence pour cette population particulière. Nous partons en effet, de l’hypothèse selon laquelle l’invasion des médias ne cesse de révéler un phénomène majeur ; à savoir que l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication induit des mutations dans les comportements, perceptions et représentations mentales, dont on ne maîtrise par l’évolution prévisible, mais que nous pouvons encadrer et accompagner sans pour autant proscrire ou en limiter l’accès et l’usage.

Pour le cas particulier de l’Internet, ce média monopolise plus de la moitié des 15-24 ans (internautes à 83 %), durant un jour moyen dans le cas Français. Nous ne disposons pas de chiffres fiables pour le cas marocain, mais nous pouvons supposer –toutes proportions gardées- qu’ils s’inscrivent dans la même tendance, particulièrement pour les jeunes en milieu urbain. Face à ces enjeux d’intérêt général, il est nécessaire de repenser l’intervention de la société, de l’Etat suivant des modalités nouvelles qui intègrent aussi bien les professionnels des médias que les associations investies dans la protection et la défense des enfants.

 

Elle s’appuie sur l’ajustement de la régulation du secteur des médias, la généralisation de nouveaux outils pour Internet et le développement de l’information des parents et des personnels de l’éducation aux médias des enfants.

Certes, face aux outils des nouvelles technologies de l’information et de la communication, des dispositifs de protection ont été mis en place afin d’assurer un niveau minimum de sûreté. Néanmoins le rythme des évolutions technologiques, à la fois rapide et inédit, oblige les pouvoirs publics, les professionnels de l’éducation et de la pédagogie à accompagner le mouvement et à inventer de nouveaux instruments plus adéquats.

Parmi les risques récurrents et qui sont consécutifs à la révolution numérique, nous pouvons évoquer la sollicitation d’enfants à des fins illégales, leur exposition à des images illicites ou des films de très grande violence.

 

Objectifs du Colloque

Les jeunes se révèlent être d’importants consommateurs de médias « traditionnels » et des médias nouveaux. Ce séminaire est destiné à entrevoir les pistes d’une réflexion pluridisciplinaire qui soit déclinée sur la réalité marocaine et qui s’intéresse tout particulièrement aux adolescents et à leurs pratiques des médias.

Comment faire face au pouvoir de manipulation grandissant des jeunes et comment neutraliser ou du moins limiter les risques potentiels des déviances observées dans les médias et qui ont un impact sur cette catégorie vulnérable de la population. L’objectif aussi est de formuler des propositions concrètes pouvant permettre à ces jeunes de développer un esprit critique face au flot d’informations qu’ils ingurgitent quotidiennement et de promouvoir aussi leur participation à la production de contenus sur les différentes formes de médias favorisant ainsi leur rôle d’acteurs positifs du changement. En somme, il s’agit de focaliser sur les moyens à mettre en branle pour parvenir à allier éducation et citoyenneté ?

 

Les Axes du Colloque

 

 

Axe 1- l’enfant dans la presse écrite

Axe 2- Les Jeunes dans l’audiovisuel : image de soi, image de l’autre

axe 3- Les dérives des New médias, l’Internet en question

Programme 

8:30–9:30

Inscription

9:30–10:15

Session d'ouverture

 

Présentation  des objectifs du colloque

 
Najib MOUHTADI, Professeur et directeur  du Laboratoire sur la communication politique.

 

Allocution  d’ ouverture :

Mohammed Dasser, Doyen de  la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales – Mohammedia


Ahmed AKHCHICHEN, Ministre de l'Education Nationale de l'enseignement supérieur, de la formation des cadres et de la recherche scientifique.
  

a
HMED GHAZALI, PRESIDENT DE LA HAUTE AUTORITE DE COMMUNICATION AUDIOVISUELLE

 

Said Raji,  Directeur exécutif de L’Observatoire National des Droits de l’Enfant

 

Aloys Kamuragiye, Représentant UNICEF- Maroc

 

Cérémonie de Signature

 de la convention de partenariat entre L’Observatoire National des Droits de l’Enfant, la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales – Mohammedia et l’UNICEF.

 

10:15–10:30

Pause-café

10:30–12:30

l’enfant dans la presse écrite


Modérateur : M. Aniss MAGHRI- Communication Specialist UNICEF - Maroc

 

Mohammed AWAD : Présentation du rapport 2010 sur l'enfant dans la presse écrite

 

Mohamed El AZHAR , Professeur -  FSJES Mohammedia

« L’image de l’enfant dans la presse écrite, Approche juridique »

 

Abderahime SAMI, Directeur des études ISIC Rabat

Présentation du module de formation : L’éthique et les medias

 

12:30–14:30

Déjeuner

 

 

14:30–16 :00

Les Jeunes dans l’audiovisuel : image de soi image de l’autre

 

Modérateur : Professeur  Najib Mouhtadi, FSJES- Mohammedia et responsable du Labercom

 

 

Salah ELWADII, Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle

Quelles perspectives pour une protection active du jeune public ?

 

Zouheir ZRIOUI

L’expérience de la SOREAD -2M

 

 

Mohamed Aït Lachgar

  l’expérience de la SNRT

 

Naïma Aba, Professeur FSJES- Mohammedia

Quel encadrement pour les jeunes dans les médias audiovisuels Marocains

 

 

16:00–16:15

Pause-café

 

16:15–18:00

Les New médias, l’Internet en question

Modérateur : Professeur Dhiba –FSJES Mohammedia

 

Said BENJABLI, Association des Blogueurs Marocains

« Les opportunités de new média pour les jeunes »

 

Abderezzak ELASSER , Professeur - FSJES Mohammedia

Les jeunes et l’Internet, un autre mode de socialisation

Myriam Ezzakhraji, Rédactrice en chef, Menara Junior


Mohamed BENSGHIR
, Professeur- FSEJS Mohammedia

Les jeunes et la cybercriminalité au Maroc

 

Lecture du rapport final par le rapporteur du Colloque, Noureddine BENMALEK

 

18:00

Clôture

 

 

Par Mouhtadi - Publié dans : Présentation labo
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /Jan /2010 00:48
lematin.ma > nation
 
Opinions & Débat
De la symbolique des Minarets en terre suisse
 Publié le : 20.12.2009 | 10h29
   
 
 
Najib Mouhtadi
Professeur Science Politique
Coordinateur Master Communication Publique et Sociale
 

 

 

 

 

 

 

Dans le vote contre la construction des Minarets peut germer un microbe politique pouvant à terme remettre en cause le statut même de neutralité de la Confédération Helvétique. Voilà un pays qui a tiré la conséquence des guerres qui déchiraient autrefois l'Europe, pour déclarer sa neutralité vis-à-vis des autres et vivre en paix au milieu de la tourmente. Bien entendu la neutralité signifie à la fois ; le droit de neutralité et la politique de neutralité, ce qui n'exclut pas un droit à la présence active et solidaire dans le concert des Nations, voire à une participation controversée, parfois reconnue parfois démentie, comme «le contingent armé » dans l'opération de maintien de la paix au Kossovo, au sein du groupe d'experts onusiens en désarmement en Irak, ou de soutien à l'OTAN en Afghanistan. L'histoire européenne a surtout appris à la Suisse de ne pas se laisser entraîner dans des conflits étrangers et de nombreuses voix s'élèvent épisodiquement pour demander qu'elle se replie sur ses habilités à développer des richesses à partir du savoir-faire local, en glorifiant l'hymne à la paix !
La politique de neutralité dépend néanmoins des conjonctures et peut être adaptée aux circonstances extérieures.

Dans cet esprit, la Suisse a constamment utilisé la neutralité comme moyen d'adapter sa politique de sécurité et sa politique extérieure en fonction de ses intérêts. Autrefois victime de guerres notamment religieuses, d'alliances et de contre-alliances se soldant par d'importantes amputations de ses territoires (France, Autriche), la Suisse a réussi à récupérer ses terres et consolider ses frontières par le statut de neutralité perpétuelle qu'elle a fait signer à Vienne en 1815. Elle devient un repaire pour la coexistence entre religions, la diversité culturelle et ethnique et représente globalement au 20ème siècle, le symbole d'une société plutôt ouverte, démocratique et multiraciale. Cela a déteint positivement sur son économie, puisque la plupart des organisations internationales ont élu domicile dans ce pays, outre les multinationales et les bénéfices qu'elle a tirés des dépôts en ses Banques devenues fameuses.

Une image resplendissante, d'autant plus que le nom de la Suisse est lié à l'action humanitaire de la Croix Rouge Internationale et ses actions multiples aux quatre coins du monde. Pourquoi donc la Suisse sort-elle subitement de sa neutralité à l'égard d'une tierce religion, même si pour le moment la question est simplement circonscrite à la construction de nouveaux minarets ? Faut-il y voir alors le dérapage d'un parti populiste, en l'occurrence l'UDC crée en 1971 sur des thèses foncièrement conservatrices ? Ce parti dit « agrarien » est connu pour ses thèses conservatrices, xénophobes et racistes, plonge ses racines dans l'idéologie de mouvements ayant frôlé le fascisme dans les années trente du siècle dernier. Il n'empêche que ce parti a remporté 29% des élections fédérales en 2007 et la consultation référendaire a remporté l'adhésion du peuple suisse à 57% ! Serait-ce alors la faillite de la social-démocratie telle que trahie par Tony Blair, entraînant désormais la méfiance des opinions publiques en Europe, et jusqu'à chez nous avec un recul significatif du parti socialiste ? Ce qu'il ne faut pas oublier dans la question du référendum suisse, c'est que le peuple a donné son avis et il s'agit là d'une étape essentielle en matière de législation.

La Suisse est un Etat souverain et le fait d'agir sur l'urbanisme et la dimension esthétique des bâtiments, relève en effet de la dimension administrative du gouvernement. C'est pour contourner le refus gouvernemental probable, que les partisans de cette loi ont recouru au référendum, dans l'espoir de s'entourer d'un maximum de garantie et de crédibilité ? Et si l'histoire des minarets n'était que le début d'autre chose ? Peut-être, il faudrait y voir une tendance à l'islamophobie comme le revendiquent nombre d'analystes de part et d'autre de la méditerranée, mais qui ne dit pas sans nom pour le moment et finira par éclater au grand jour… Certes, on ne voit pas en quoi le fait d'interdire la construction de minarets porterait atteinte à l'Islam et aux musulmans. Encore que l'islam dont il est question en Suisse est principalement un islam enraciné en Europe, car il s'agit de musulmans majoritairement Turcs, Albanais et Bosniaques, et donc des Européens.

Ce qui est ennuyeux dans l'histoire ; est que les Bosniaques ont récemment vécu une terrible guerre de nettoyage ethnique, uniquement pour le fait qu'ils soient musulmans ! La résolution d'interdire les Minarets est d'autant plus de mauvais aloi que ces Minarets de type conique répandus dans la région sud européenne, se dissipent discrètement dans le paysage. Du reste, la première Mosquée construite en terre helvétique remonte à 1963, et il y a uniquement quatre mosquées dotées de minarets, en tout et pour tout, sur une centaine de Mosquées disséminées dans le territoire Suisse. Ce n'est ni le nombre ni la forme qui pose en principe problème. Et si la décision d'interdire les Minarets relevait du choc des cultures, même dans le pays le plus neutre de l'Occident ? On pourrait se demander, en effet, si l'histoire des Minarets avait avoir avec la symbolique… Pourquoi ne pas tenter une lecture psychologique. Au lendemain du 11 septembre 2001, un caricaturiste du nom de Dilem avait dessiné deux Minarets coniques surélevant deux mosquées mitoyennes, un avion qui s'approchait et un imam qui prenait sa tête entre ses deux mains en criant «Oh, my God ! ».

Le rapprochement avec l'image diffusée en boucle des jours durant de l'avion qui heurtait la 1ère tour du Twin Center est saisissant. Ce matin là à NewYork, aux alentours de 9h15, un homme pris en direct par une caméra furtive, constatait l'imminence du forfait criait «Oh my God !». Bien entendu, le discours est déplacé et le message du caricaturiste est décalé ; à supposer que la première armée du monde se venge contre les tours jumelles de Mosquées, symbole des commanditaires de l'attaque du 11 septembre! Là s'arrête la symbolique. Sur un registre freudien, on ne peut cependant s'empêcher de penser que l'attaque des deux tours du Twin Center s'apparentait à un acte de castration du capitalisme financier s'exprimant dans une posture phallique. Les Suisses seraient-ils écœurés de la forme phallique des Minarets musulmans qui se dressent fièrement et sans vergogne dans la contigüité des églises et des Banques ? C'est la forme la plus civilisée et la plus pacifique, dira d'aucuns à la guerre que voulait mener les intégristes musulmans aux occidentaux. La guerre des Minarets serait-elle le prolongement par d'autres moyens, de la guerre contre l'Irak entièrement détruit, de l'Afghanistan ramené à l'âge de la pierre taillée et de la guerre contre le terrorisme qui prend des formes renouvelées au Liban, à Gaza et bientôt ailleurs ? Le mérite de la loi contre les Minarets en Suisse, est d'être directe et franche ; elle dit Non à l'expansion des symboles de l'islam en terre chrétienne. Ce que nombre de mouvements politiques européens souhaitent réellement et ardemment, mais n'osent pas l'avouer, publiquement. Ils ont tort.

 

 

 

 

 

 
  Par Najib Mouhtadi* | LE MATIN
Par Mouhtadi - Publié dans : chroniques - Communauté : communicators publivores
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 15:44
La communication ou le pire : et si l’on parlait vrai!
(Liberation (Ma) 03/06/2005)


Ce n’est un mystère pour personne, les relations ne cessent de se détériorer entre Rabat et Alger, dès lors que chaque partie campe sur ses positions d’hier sans pouvoir affronter l’autre dans une posture décisive. Une des raisons de cet état de choses, le manque de communication et d’échanges francs et sincères sur tous les dossiers qui fâchent dont la question saharienne n’est que l’aspect visible. Les relations bilatérales n’ont à vrai dire jamais été débattues avec courage et loyauté, depuis l’accession de l’Algérie à l’indépendance en juillet 1962, et la volte-face de Ben Bella à l’encontre des intérêts marocains, et la récupération de ses terres spoliées sous la longue occupation française.
L’Histoire, dit-on, permet de comprendre la géographie, mais un simple regard sur la carte algérienne renseigne à l’évidence sur l’abîme qui sépare les deux pays, en particulier le caractère factice de ce tracé qui scinde un seul peuple de part et d’autre. Faut-il reposer la question des frontières sans faire grincer les dents?
Je crois que la question du non-dit nous pèse très lourd de part et d’autre. L’Algérie a hérité des trois quarts d’un territoire que la France a mis du temps pour confisquer au Maroc, au Niger, et même à la Libye et la Tunisie ; ce fut durant la longue période où l’Algérie était un département français ! Dire que l’OUA a adopté par la suite le principe de l’intangibilité des frontières, est un argument court, d’autant plus court que le Maroc a émis des réserves sur cette disposition du traité, avant de claquer la porte de cette organisation panafricaine.
Ce n’est un secret pour personne que dès le retrait de la France coloniale de l’Algérie, le gouvernement marocain a échoué dans ses tentatives de récupérer ses territoires dépouillés par la France (certes temporairement, et officiellement pour couper la résistance algérienne de ses bases logistiques dans l’Oriental marocain). Sur insistance des leaders de la résistance algérienne, il a été instamment demandé aux Marocains de ne pas engager des négociations sur les territoires du Sahara central avec la France, car cela retarderait inévitablement son accès à l’indépendance. Le Maroc a joué le jeu des sentiments et il le paie chèrement aujourd’hui. Et dire que le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) dignement représenté par Ferhat Abbès, s’était officiellement engagé à respecter le principe de restitution des territoires marocains après l’indépendance du pays !
Le fait que l’Algérie, depuis près de trente ans, contre vents et marées, fait de la question du Sahara un cheval de Troie pour courber l’échine à cette vieille monarchie de l’Ouest, en dit long sur les frustrations, les animosités et remontrances que le pouvoir algérien emmagasine à l’endroit du Maroc et des Marocains.
Entre Rabat et Alger, il y a un lourd passif, une discorde et comble de tout, un déficit de communication qui s’est alourdi au fil des ans, créant un fossé qu’il faille un jour combler par le dialogue, sinon il y a fort à craindre que ce ne soit par d’autres moyens. Les rapports entre ces deux pays voisins relève parfois, plus du registre de la psychanalyse que de l’Histoire ou de la géostratégie. Quand Bouteflika a affirmé lors de son dernier déplacement en Afrique du Sud, qu’il ne «ferait jamais la guerre au Maroc», que faut-il en déduire ? C’est comme si l’état de belligérance était imminent, car s’il n’est pas à la dérive, le bateau algérien est enivré, et il appartient au Maroc de prendre les mesures qui s’imposent pour défendre le peuple et le territoire, contre toute agression probable et désormais potentielle…
Il faut être crédule pour ne pas se rendre à l’évidence, une réalité malheureuse et qui fait tressaillir ; il y a comme une guerre en moins entre l’Algérie et le Maroc !
Une accumulation de mésententes à travers les âges depuis l’ère des Almoravides dont les manuels scolaires escamotent jusqu’à l’origine, alors qu’il y a tout lieu de célébrer ce passé glorieux commun à l’ensemble des peuples maghrébins ; et du Maroc, et de l’Algérie et de la Tunisie.
Il serait fastidieux de remonter aux Fatimides, mais la chronique diplomatique contemporaine suffit à déblayer certains des éléments qui fondent la politique anti-marocaine de l’Algérie. Loin d’être exhaustifs, commençons par les plus reculés et remontons le temps d’un siècle.
- Le soutien massif et inconditionnel du peuple marocain et du Makhzen sultanien à l’Emir Abdelkader nous a coûté la défaite d’Isly et la chute d’Oujda. Des milliers de morts, et une première humiliation face à une armée suréquipée (armes lourdes, canon tractés, etc) face à une troupe de cavaliers essentiellement armés de Bouchfer. Il se trouve aujourd’hui des esprits chagrins qui crient à la trahison ; le Maroc aurait lâché les Algériens quand ils étaient en guerre contre l’occupant!
- Vient ensuite la neutralité que le Maroc a observée (devait-il en être ainsi…) durant la période trouble de la fin des années 50, vis-à-vis de l’imbroglio des longues années de résistance algérienne (UCRA, GPRA, MNA et FLN), notamment les opérations de purge menées par le FLN contre les autres mouvements (et dont beaucoup de maquisards marocains ont été victimes). Par respect à ses «frères» dans l’épreuve, il s’est empêché d’intervenir dans «les règlements de compte» dont il ne saisissait pas l’ampleur à cette époque.
- Le détournement de l’avion transportant les cinq dirigeants historiques à son départ de Rabat (le Maroc n’avait pas encore de compagnie nationale) et leur emprisonnement en France, a été interprétée par des esprits malintentionnés, comme une connivence du Maroc avec la puissance coloniale. Cela nous a valu une brouille malvenue avec la France, et nous a coûté cher en termes d’investissements et de réformes politiques.
- Et, enfin l’appui imprudent du Maroc officiel à Ben Bella, au mépris de la France et du Général De Gaulle, tout cela semble avoir eu dans les rangs du FLN, des réactions inverses que les dirigeants marocains de l’époque n’avaient pas vu venir. Une position de principe qui continue, semble-t-il, d’agiter des esprits, si bien que les acteurs de cette époque sont en vie et à l’œuvre…
Les relations entre le Maroc et l’Algérie ont donc été fondées sur des «non-dits» qui meublent la conscience des responsables de part et d’autre, souffrant d’un débat franc et courageux, pour évacuer les rancœurs. D’un côté, le Maroc croit n’avoir rien à se reprocher en ayant sacrifié ce qu’il a pu et adopté une attitude exemplaire avec «les frères» tout au long de leur combat pour l’émancipation. Bien plus, il ne comprend pas les racines de la haine, de l’intrigue des dirigeants algériens à son égard.
De l’autre, l’Algérie qui a épousé le modèle nassérien à ses débuts, découvre la joie de constituer un Etat, enfin libre, adoptant la «révolution» comme mode de refonte de l’ordre mondial, voit en le Maroc une relique du passé, un voisin qui lui a constamment fait de l’ombre, même en gardant le profil bas.
Issue d’un processus sanglant de décolonisation, l’Algérie indépendante a subitement découvert qu’elle était devenue riche, qu’elle possédait désormais un vaste territoire et une manne pétrolière qu’elle n’a jamais espérée !
Côté marocain, l’émancipation algérienne tant chantée par nos parents s’est finalement réalisée aux dépens de nos propres intérêts. La «guerre des sables» dont on rejette souvent la responsabilité sur le Maroc, est d’abord une réaction à l’agression algérienne contre Hassi Baïda. Ce conflit a été l’annonciateur d’une politique étrangère depuis lors, tournée contre le Maroc et son régime politique réduit de manière inique à la seule personne du Roi Hassan II, alors que la question de la terre demeure aujourd’hui plus qu’hier une affaire de tous les Marocains.
La mission de l’Algérie à son indépendance, comme l’a déclaré en 2004 Ben Bella sur une chaîne arabe, était de faire mobiliser le Tiers-monde contre les forces impérialistes qui détiennent et les ressources et la science et la technologie. Inutile de rappeler que dans ce cas de figure, ni les Marocains ni les Tunisiens, taxés alliés de l’Occident et «valets» de l’impérialisme, n’avaient de place et encore moins de rôle à jouer. Première initiative de Ben Bella arrivé au sommet de l’Etat fut de renier les accords passés avec le Maroc, étape décisive sur le chemin de la discorde que plus rien n’entravait. Depuis cette embrouille réglée à l’africaine, le Maroc a fait toutes les concessions pour calmer l’ardeur des nouveaux voisins. Une attitude pacifique souvent comprise –à tort ou à raison- comme une faiblesse.
Sur le plan interne, le régime a resserré l’étau autour de l’opposition dont une partie d’ailleurs, trouva naturellement refuge en Algérie, confortant les nouveaux maîtres dans leur sentiment de «libérateurs». Après Bamako, les clauses de l’accord de règlement du différend frontalier se sont peu à peu dissipées dans la chaleur du désert, et quand éclata l’affaire du Sahara en 1974, Alger y a vu l’occasion rêvée d’enfoncer le clou dans le cercueil d’un régime moribond !
Tout au long de ce conflit, le Maroc a souvent adopté une position défensive, même lorsque la légalité était de son côté comme se fut le cas lors de la bataille d’Amgala qui a vu l’implication effective et directe de l’armée algérienne (l’Etat marocain n’a-t-il pas parlé de droit de suite !)
Les autorités algériennes se sont d’autant habituées à cette attitude «molle» de leur voisin qu’elles croient que le pays est dévasté par «vingt ans de guerre», croupissant sous la poigne de fer d’un régime despotique, bref un pays au bord de la déchéance…
Entre le mythe et la réalité, il y a un imaginaire figé que conservent invariablement les dirigeants algériens, et qui peut se résumer en une série de clichés particulièrement chez les vieux officiers de l’armée et les commis de l’Etat, curieusement encore aux commandes : l’Algérie est une république démocratique et prospère, alors que le Maroc est une monarchie autocratique et indigente ! Nous savons, hélas, que les médias algériens, même ceux dits indépendants, se complaisent à entretenir cette image au mépris de la réalité. Mais, par-delà les clivages idéologiques et culturels, le Maroc paie à présent les incohérences du passé, il paie le prix des erreurs dont il faut à présent se départir, impérativement. Et, dire que le Maroc avait les atouts entre les mains, et qu’il en a simplement fait mauvais usage!
Un bref rappel de situations historiques s’impose pour replacer la réalité des faits dans leur contexte. Un rappel qui nous fait sentir que pour régler l’affaire du Sahara marocain, il faut sérieusement revenir sur la question du Sahara central (le Touat). C’est par l’Est que l’on sauvegardera le Sud. Et c’est par la diplomatie active que l’on évitera la guerre, sachant que l’équation est transitive.
Quand le Maroc soutenait l’intégrité territoriale algérienne…
A la fin des années cinquante du siècle dernier, la France a sérieusement œuvré pour la création d’un Etat indépendant au Sahara au Sud de l’Algérie, un territoire que la France considérait comme «res nullius» et donc ne faisant pas partie de l’Algérie historique, située au-delà des Aurès.
Déjà en 1951, des projets ont porté sur cet espace allant de Hassi R’mel au Nord et Tindouf à l’Ouest, jusqu’à la frontière tunisienne et tout le long de la frontière libyenne, avec au Sud des portions importantes des territoires nigériens. Plusieurs noms furent donnés à ce territoire : «Afrique saharienne française», «Département au-delà des monts», «Territoire du Sahara français». La France a finalement adopté en janvier 1957, la création de «l’Organisation Commune des Régions Sahariennes -(OCRS)». L’idée a tellement mûri que le Général De Gaulle s’en est saisi officiellement et conditionné sa réalisation à l’approbation du Maroc et de la Tunisie. De l’avis des experts de l’époque, cet Etat était réellement viable, d’autant qu’il était multiracial et pluriculturel (Zenaga, Berbères, Touaregs, Arabes et Africains), et de surcroît, cet Etat riche en ressources minières et pétrolifères, devait faciliter l’intégration maghrébine, étant donné que tous les Etats de la région étaient concernés par sa création, y compris l’Algérie. Vu sous cet angle, et avec le recul, cette idée pour stratégique qu’elle fût, n’était pas si mauvaise en fin de compte !
Le Maroc, comme la Tunisie d’ailleurs, a catégoriquement rejeté cette proposition, et à la demande insistante des représentants du Gouvernement provisoire algérien, craignant plus que tout le report sine die de l’indépendance, Hassan II a dit Non au général De Gaulle. Le peuple marocain et la monarchie ont été solidaires de l’Algérie combattante pour son indépendance, sa dignité et son intégrité… Le Maroc a ainsi soutenu «l’intégrité territoriale» de l’Algérie avant même sa reconnaissance juridique, il ignorait que ses «chers» voisins de l’Est allaient d’abord phagocyter ses territoires et s’opposer ensuite avec insolence, au parachèvement de l’intégrité territoriale marocaine, douze ans seulement après leur indépendance!
Le Maroc choisit le camp du GPRA plutôt que celui de la France !
Lorsque la résistance algérienne a atteint son summum et que les négociations d’indépendance allaient s’ouvrir sous peu, le gouvernement français a officiellement demandé au Maroc la tenue de réunions tendant à apurer le dossier des frontières que la France n’a cessé de grignoter depuis la défaite de la bataille d’Isly, premier tribut payé pour le soutien de l’Emir Abdelkader. Les délégations algériennes se sont succédé à Rabat, demandant toutes, le report de la question des frontières et du tracé frontalier après l’indépendance effective de l’Algérie. Tout le monde se rappelle la position noble et combien risquée de Feu Mohammed V : la question des frontières sera traitée avec «nos frères» après leur indépendance. Cette position a été formellement confirmée par Hassan II en 1961, lorsque Couve De Murville a cherché dans une ultime tentative d’ouvrir les négociations avec l’ambassade du Maroc à Paris. Le Maroc, avec l’assentiment de toute l’élite de l’époque (Allal Fassi …), s’est contenté d’un simple accord signé le 6 juillet 1961 avec Ferhat AbbèAutres chroniques :
Les enseignements d’une consultation historique


au nom du GPRA, qui reconnaît les droits du Maroc sur ses territoires. Nous savons depuis, ce qu’il est advenu de Ferhat Abbès, de Messali Hadj et même du jeune Mohamed Khmisti, premier à occuper le poste de ministre algérien des Affaires étrangères, assassiné dans des conditions obscures en 1963, mais dont la disparition ouvrit la voie au jeune Abdelaziz Bouteflika!
De la coopération avortée à la guerre ouverte
A la suite de l’agression algérienne contre le poste-frontière de Hassi Baïda (tuant 15 mokhaznis et un vieux comptable français venu leur distribuer la solde), le Maroc a légitimement donné la réplique en récupérant une portion de la région de Tindouf. Pourtant, il n’y a pas un seul officiel algérien qui se rappelle cet épisode malheureux qui fait de l’Algérie le pays agresseur et non la victime de «l’expansionnisme marocain» comme se plaît à le dire Bouteflika! L’Algérie a si bien communiqué sur le dossier qu’il se trouve même parmi les Marocains qui ignorent l’origine de ce conflit regrettable. Au sommet de Bamako du 30 octobre 1963, et avec une facilité déconcertante au regard d’aujourd’hui, le Maroc a volontairement renoncé aux territoires conquis et accepté la médiation africaine qui prévoit l’ouverture de négociations pour le règlement des différends en suspens entre le Maroc et l’Algérie. Nous connaissons ce qu’il est advenu de ces négociations, de l’Afrique, de ses sages et de ses institutions!
Le temps des concessions en cascade
Sur le plan interne, cette fois-ci, quand le régime s’était isolé des forces politiques nationalistes après les procès de 1963 et les événements de 1965, période difficile qui a préparé les deux coups d’Etat manqués. Alors que le Maroc récupérait la région de Sidi Ifni, Hassan II a ouvert un dialogue avec l’Algérie pour régler le différend frontalier, et a rencontré Boumediene, le 14 janvier 1968 à Fès, le 27 mai 1970 à Tlemcen, le 13 septembre 1970 à Nouadhibou. Des rencontres sous le signe des retrouvailles dans lesquelles on ne peut s’empêcher de penser que leur objet était également d’éloigner définitivement les dirigeants algériens des opposants marocains en exil, de mettre un terme à la propagande des médias (qui faisait rage à Alger et Tripoli) et de couper la route aux mouvements radicaux d’extrême gauche. Rien de tout cela. L’Algérie a soutenu illico les putschistes de 1971 et 1972, et a été manifestement derrière l’aventure infortunée de Moulay Bou’azza. Depuis 1974, après que la Libye ait servi d’éprouvette au mouvement Polisario, l’Algérie héberge, arme et entraîne, symboliquement à Tindouf, d’autres marocains (devenus séparatistes) pour d’autres raisons, autrement plus décisives dans son combat contre le Maroc.
Guerre ou paix? Le Maroc qui a subi vaillamment les affres d’agressions répétées, a été pacifique, jusque-là. Certes, le dialogue devra continuer à prévaloir, mais c’est à se demander de quoi nos voisins voudraient-ils discuter! Du Sahara, de la coopération bilatérale, du Grand Maghreb? Pourquoi pas à condition de commencer par les frontières méridionales?
Je ne saurais le dire autrement, mais l’Algérie ne veut pas du Maghreb, parce qu’elle croit que cette «union de dupes» ne lui apportera rien, Alger étant le seul pays de la région qui a d’importantes ressources en gaz et hydrocarbures, et donc en pétrodollars. Ni la Tunisie ni le Maroc n’intéressent les politiques algériens qui voient en eux, en plus du mépris du faux riche, deux pays ayant tout au plus, des cadres à enrôler (à se demander où depuis le fiasco de M. Abdeslam Belaïd) et de la main-d’œuvre à servir leur machine de production nationale, il est vrai aujourd’hui en panne.
Du Sahara? Laquelle des Saharas? Courtois comme à l’accoutumée, le Maroc ne lui rappellera pas le fait que les populations sahraouies, amassées dans les camps de Tindouf, ont été extirpées il y a trente ans à leurs foyers, entre 1973 et 1977, dans des opérations de rapts collectifs (rares sont les éléments qui sont partis de leur propre chef), organisés et exécutés sous supervision de l’armée algérienne (et dont le Maroc a des preuves irréfutables). Fidèle à l’Histoire, le Maroc ne dénoncera pas de sitôt des accords appartenant à l’âge où l’opposition marocaine était bâillonnée, les institutions constitutionnelles en friche, lorsque Boumediene a profité d’un moment de faiblesse pour sceller la plus grande escroquerie territoriale du siècle. Le Maroc se gardera de défendre le principe de changement fondamental de circonstances, principe général s’il en est du droit des gens, pour demander l’ouverture de négociations ou de compensation! Alors discuter de quoi, sinon prendre la mesure du fossé qui nous sépare, et se tenir prêt à empêcher que l’Histoire ne se répète… en drame!

Najib MOUHTADI

 

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Par Mouhtadi - Publié dans : chroniques - Communauté : communicators publivores
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 15:17
Arrêtons l’ogre qui avance à visage masqué…

Qui n’a pas vu cet enfant de dix ans crier à tue-tête devant la sépulture de son père au cimetière : Laissez-moi voir, laissez-moi voir ! Il réclamait son droit de jeter un dernier regard sur son père avant qu’il ne soit définitivement et à jamais enseveli sous terre. Enrobé dans sa petite djellaba blanche, cet enfant a ému par sa ténacité à vouloir jeter un regard d’adieu à son père. Il a eu gain de cause, puisque ses grands frères ont cédé à sa demande devant les caméras. Autour de la tombe de ce citoyen anonyme, victime du pire crime qui soit, ses frères, adultes, voulaient sans doute lui épargner ce moment de forte émotion pour son petit cœur, subitement arraché à la quiétude d’une vie paisible. Laissez-moi voir ! L’horreur, la barbarie, laissez-moi voir, pour ne pas oublier, semblait dire cet enfant. Ne pas oublier ; jamais. Le père a été sauvagement tué avec de nombreux autres, par un obscurantiste qui veut nous dicter comment vivre et à qui obéir. L’ogre avance au coucher du soleil et à la nuit tombante, disaient les grands-mères. Nous sommes à l’orée d’une nouvelle ère et nous ne céderons jamais à l’obscurité et aux esprits chagrins. Nous allumerons des torches, des bougies pour que jaillisse la lumière, indéfiniment. Arrêtons l’ogre qui avance à visage masqué. Rien ne justifie la terreur dans notre société. Misère, pauvreté, rien. Et les commanditaires de ces agressions lâches sont forcément étrangers. Reconnaissons toutefois, que c’est dans l’obscurité et dans les pores du terreau corrompu que se développe la vermine, et que nous avons trop longtemps laissé pourrir le fruit…

Casablanca, plus que toute autre ville du pays est touchée par cette maladie incurable appelée bidonvilles. La plupart de ces concentrations urbanistiques sont dans un état avancé de métastases. Un traitement urgent devrait être mis en application pour sauver ce qui peut l’être de nos villes, sans tarder. La vermine a toujours été à la solde de têtes mal pensantes, et ce sont celles-là qui nous intéressent plus que les bras armés. Ne nous trompons pas de cibles.
Nous sommes une démocratie en construction, nous sommes en train de négocier un virage important de notre devenir ; la modernité et la laïcité. La modernité comme moyen de développement économique et social, et la laïcité comme mode démocratique d’expression de tous les courants et sensibilités politiques, de quelque inspiration que ce soit, dans le respect de notre religion et de celle des autres. Le monde en est là aujourd’hui.
Les forces du mal, de la régression, celles qui ont enfoncé le Maroc dans l’ignorance et la pauvreté, des siècles durant, jusqu’à sa soumission à la colonisation au début du siècle dernier, ces forces resurgissent et résistent. Ils savent que le pays passe d’un état à un autre (transition oblige) et ils ont terriblement peur. Ils ont peur de perdre leurs privilèges, leur aura, leur Etre, en proie au syndrome de la psychopathologie, dont le terrorisme est une variante… Cela fait des années qu’ils le faisaient savoir par des voix interposées, par l’intermédiaire d’incultes convertis en érudits. Le combat aujourd’hui est clair. D’un côté nous avons la transparence, le progrès, la démocratie et l’égalité des citoyens devant la loi. De l’autre, nous avons un dessein brumeux empli de haine et tablant sur le mysticisme politique, l’ignorance généralisée, la foi instrumentalisée, la bêtise érigée en norme suprême, c’est-à-dire le maintien des passe-droits et des préséances, dans une idéologie d’asservissement épousant la robe flamboyante de la religion.
Depuis l’avènement de SM Mohammed VI, le discours politique a gagné en clarté : le Maroc s’achemine irrémédiablement vers l’édification de la démocratie et de l’Etat de Droit. Ceux qui sont contre, ont droit à l’expression, ils peuvent expliquer leur point de vue, proposer un projet de rechange. Mais, ils ne peuvent en aucun cas arrêter le processus par la force, la violence, le terrorisme, car la terreur appelle la terreur, et la violence conduit droit au chaos. Ils seraient de vulgaires criminels les illuminés qui veulent nous donner des leçons sur la morale, le droit, l’éthique, par le recours à la violence morale ou matérielle… . L’Islam n’a jamais été pris en otage par une bande de malfrats pour réaliser un projet viable. La religion est l’affaire de toute la communauté, et l’Islam est une religion individuelle qui se pratique entre le fidèle et Dieu ; il n’y a pas d’intermédiaire ni de classe ecclésiastique. Il n’y en aura pas. Tous les mahdistes rêvant de foutouhat, doivent se rendre à l’évidence. Ce qu’ils s’imaginent ou qu’on leur miroite devant les yeux est de la pure illusion, un mirage, qui a déjà décimé leurs ancêtres.
Des millions d’enfants ont suivi le film d’horreur, images à l’appui. Combien d’entre ces enfants saisiraient la juste mesure, comprendraient le véritable enjeu et se mettraient à l’abri du poison qui court nos rues ! Moins de deux heures après les attentats du vendredi noir, beaucoup de Marocains étaient au courant de l’horreur qui les a frappés au cœur de la ville. Le téléphone mobile a fonctionné à plein, mais aussi les chaînes étrangères qui ont rapporté l’événement moins d’une heure après. Personnellement, j’avais peur que nous puissions revivre l’expérience du passé, lorsque l’Intérieur dirigeait le pays : Pas d’émeutes à Fès, pas de choléra à El-Gara, pas de méningite à Salé et donc pas d’attentats à Casablanca. La désinformation est l’ennemie de la démocratie, et gouverner c’est communiquer. La lutte contre la terreur passe par la communication. Comment lutter contre le diable si la population ne se mobilise pas autour de son gouvernement, et les médias éduquent les masses, informent l’opinion publique et condamnent toutes les formes de terrorisme matérielles et morales ?
L’inquiétude était d’autant plus justifiée, que vers 23H00, ce soir-là, la télévision britannique BBC World a rapporté l’information et pris contact avec des journalistes, alors que nos télévisions poursuivaient leurs programmations normales. Samedi 17 mai, changement de décor. Les médias publics prennent en charge le dossier et étalent à l’envi leurs journaux d’information. Le ministre de l’Intérieur a donné un point de presse tôt dans la matinée, et les chaînes publiques s’étaient attelées à la tâche, immédiatement. Soulagés ? Non, réconfortés dans nos convictions que le Maroc a véritablement choisi la modernité, le progrès, l’Etat de droit. Pour la première fois, le discours officiel n’est pas objet d’interprétations ni de suspicion. Il est repris par les agences et les médias étrangers, sans déformation, parce qu’il est vrai, crédible, responsable. Sans travestissement ni fioritures, les autorités ont tenu l’opinion publique au courant des développements, y compris l’aggravation du nombre de victimes. Il y a eu 41 morts et une centaine de blessés dans cinq endroits différents de Casablanca et tous les kamikazes sont Marocains, a dit le ministre de l’Intérieur. C’est exactement ce qui s’est passé durant la nuit de vendredi 16 mai à Casablanca, et personne n’a à en redire. Cette réaction prompte des pouvoirs publics est à saluer ! Par-delà la solidarité exprimée, le Maroc a accepté, modestement et c’est tout à son honneur, le soutien d’experts étrangers en matière de terrorisme. La lutte contre ce fléau des temps modernes est planétaire, parce qu’il est lui-même mondial et mondialisé. La confiance devrait impérativement se rétablir entre gouvernants et gouvernés.
Il reste à savoir ce que nous voulons. Accepter le mauvais sort qui risque de s’abattre sur nous ou lutter de toutes nos forces contre l’avancée de l’ogre ? Première précaution à prendre ; ne pas céder à l’amalgame. Les démocrates le savent bien et jugent mieux que quiconque ces dérapages dangereux. Nous avons un parti islamiste au parlement. Une ou deux associations de bienfaisance islamiques très impliquées dans le social. En démocratie, la présomption d’innocence est un des piliers du droit. Elle a plus de valeur que l’immunité, et il faut se garder de lorgner en direction de certaines parties. Il faut se garder de jeter précocement l’anathème sur quiconque. Laissons l’Etat (de droit) faire son travail. Unissons nos forces, toutes nos forces, derrière l’Etat et ses organes. L’heure est grave ! Ceux qui continueront à vouloir jouer au plus malin ou de passer pour plus démocrates que les démocrates eux-mêmes, en auront pour leurs frais. L’histoire les jugera.
Faisons confiance à nos institutions et en démocrates de tous bords, mobilisons-nous sur d’autres fronts, même si la marge est réduite. Le discours religieux, en effet, est matriciel à tous les mouvements de revendication islamiste, le creuset de la foi et des convictions de tout un peuple. Religion, foi et sentiment religieux fusionnent et s’entremêlent. Il n’y a pas plus néfaste, plus pernicieux que de toucher à la religion comme faire-valoir idéologique. Il n’y a pas plus criminel que de manipuler des valeurs symboliques d’essence religieuse à des fins politiques. Faisons preuve de perspicacité, en réhabilitant les missions essentielles de l’Etat, la sauvegarde de la sécurité collective et de la tranquillité publique. La montée de l’islamisme dans sa forme intégriste a pris le temps de s’ancrer. La déferlante a vite trouvé ses lieutenants, ses troupes, ses idéologues et ses doctes y compris au sein de l’université, où les étudiants sont terrorisés par des mouvements d’activistes chantant le martyre, glorifiant la mort et diabolisant la femme. Ce n’est pas le fruit d’aujourd’hui, c’est l’accomplissement d’une culture qui a pris le temps de ramper sournoisement et de manière horizontale, avec la complicité de Tous.
Aujourd’hui, il faut arrêter cela. Il faut arrêter définitivement et irrémédiablement toute manipulation de la religion. Le choc de Casablanca est d’abord mental. L’indignation, la colère ne suffisent plus. Il faut se décider à trancher en s’inscrivant dans le projet de société que les Marocains ont choisi volontairement sous la conduite de SM le Roi, des représentants du peuple et de l’ensemble de la société qui s’affirme de plus en plus comme un fait citoyen. Ceux qui fréquentent les manifs et les sit-in mesurent les progrès de la conscience collective. Ils mesurent aussi, avec inquiétude, le fossé qui sépare les modernistes des autres, plus nombreux à charrier une cosmogonie archaïque et ténébreuse !
A moins d’une semaine des attentats de Casablanca, un journaliste a signé un article prémonitoire. Avec courage et lucidité, il a révélé de quoi est fait le discours de la haine ; l’incitation au crime, au meurtre organisé et autre rapt, et ce juste aux abords des mosquées. Il s’est gardé de verser dans l’alarmisme. Ceux qui ont lu cet article ne pouvaient que tressaillir à l’évocation du GIA, tristement cité comme référence idéologique à des groupements pourtant connus des services de sécurité. Exagération ou spéculation? Absolument pas, puisque la suite malheureusement lui a donné entièrement raison et de la manière la plus tragique qui soit. Quatorze kamikazes en une seule nuit. Combien de bombes humaines sont-elles encore disséminées dans le pays ? Gardons-nous de baisser la garde, et veillons à les désamorcer à temps. Nous sommes tous interpellés à mener la vie rude aux ennemis du progrès et de la vie. Tout le monde est concerné, et nous devons Tous œuvrer à éloigner le spectre de l’horreur, du chaos.
Il faut arrêter de transposer les conflits du Moyen-Orient chez nous. Nous soutenons le peuple palestinien dans sa lutte pour l’indépendance, mais, nous n’avons aucun contentieux avec nos concitoyens juifs, nous n’en avions jamais eu, d’ailleurs, à travers toute notre histoire commune. Nous sommes pacifiques, et pourtant, notre combat commence par une redéfinition judicieuse de nos présupposés culturels. Deux bastions de l’ouvrage et de la diffusion des idées, devraient redéfinir leur mission. L’école (du fondamental au supérieur) et les médias publics. Concernant le premier point, je me contente d’inviter les parents à consulter les programmes de leurs enfants dans le cycle pour se convaincre de l’urgence d’agir. Dans les manuels du primaire, le monde est divisé en Croyants d’un côté et Infidèles (c’est-à-dire ennemis), de l’autre ! Il faut réviser les programmes en les déclinant sur le projet de société que nous voulons pour ce pays comme le stipule la charte de l’éducation et de la formation. Il faut extirper la graine de la haine, de l’intolérance et du refoulement identitaire, savamment distillée et sciemment semée dans ces manuels, depuis deux décennies.
Pour ce qui est des médias publics, ils constituent un levier puissant de l’intégration et de la cohésion sociale. Ce sont des outils stratégiques, et à ce titre, ils doivent refléter clairement les choix de société que nous avons évoqués ci-haut. Le Maroc de demain que nous souhaitons prospère et paisible, commence par la refonte de ces deux lieux communs.

Najib MOUHTADI
Liberation, mai 2003 
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